Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 09:44
Les 100km de Millau vus de l'intérieur...

Plus jeune, mon oncle Christian me parlait de ces courses inhumaines, hors du temps et de la raison… Une en particulier faisait briller ses yeux plus que les autres… Millau et ses 100 km ! Le plus vieux – et surtout le plus renommé – des 100 km de France semblait le fasciner et ce malgré plusieurs participations marquées par autant de succès que d’échecs… Grâce à mon ami Régis, je sais maintenant pourquoi cette course est un mythe !

Vendredi 26 septembre  - 15h00

C’est non sans joie, que notre trio magique se retrouve pour un week-end Aveyronnais. En effet, comme en 2011, Millau nous accueille pour une de nos aventures sportives dont nous seuls avons le secret. Si la petite troupe s’étoffera, en fin de journée, c’est un immense plaisir de retrouver mes acolytes autour d’un des sujets qui nous rassemble, le sport. Le quotidien et ses soucis qui l’entourent sont très vites éludés laissant place aux échanges moins sérieux, plus légers voire enfantins. On se vanne, on rit de bon cœur, les conversations variant inlassablement de niveaux, s’attardant régulièrement sous la ceinture. C’est dans une ambiance tout aussi détendue que nous nous accordons une petite bière après avoir retiré les dossards.

Les 100km de Millau vus de l'intérieur...

Vendredi 26 septembre  - 23h00

La troupe est maintenant au complet dans la jolie commune de Saint-Georges-de-Luzençon. Cindy est venue vivre l’aventure aux côtés de son chéri. Elle est accompagnée de Séverin, en petit frère reporter,  et David, le beau-frère de toute cette petite troupe – accessoirement secrétaire de Natu’RunBike – qui jouera le même rôle que moi mais auprès de Patou. Une assiette de pâte, une bière – rituel de Musilac avec Séverin oblige  – et tout ce petit monde rejoint sa paillasse.

Saint-Georges-de-Luzençon

Saint-Georges-de-Luzençon

Samedi 27 septembre  - 7h00

Comme je le présageais la nuit de Régis n’a pas été bonne. Entre insomnie et maux de ventre, le repos tant désiré n’a pas été au rendez-vous. Pire, son stress au réveil ne fait que s’amplifier au fil des heures, si bien que je crains qu’il ne nous fasse un malaise. Patou, beaucoup plus détendu par moins de prétentions, tente de le calmer, en vain. L’influx nerveux qu’il laisse m’inquiète pour la longue journée qui l’attend, mais je suis bien impuissant devant l’incroyable pression qui l’accable.

Le Stressomètre de Régis...

Le Stressomètre de Régis...

Samedi 27 septembre  - 9h30

Millau est bouché de toutes parts par les quelques 2000 coureurs - et au moins la moitié de cyclistes -  qui arpentent  les rues de la cité Aveyronnaise. Nous déposons nos deux runners avant de trouver un endroit plus tranquille pour équiper nos montures. Régis, dans sa science du travail bien fait, a tout prévu : la caisse sur le porte-bagages et le panier à l’avant du vélo ne seront pas de trop pour transporter l’ensemble de nos effets nécessaires pour affronter ces 100 kilomètres de bitume. La météo est avec nous en ce week-end de septembre et c’est sous un grand ciel bleu mais un soleil qui peine encore à chauffer l’atmosphère que nous prenons la direction d’Aguessac (Km 7). Un petit coucou aux coureurs avant le départ réel et c’est parti !

Les 100km de Millau vus de l'intérieur...

Samedi 27 septembre  - 10h05

Nous avons trouvé une place de premier choix avec David dans le SAS qui nous est réservé pour attendre nos coureurs. La béquille, ajoutée par Régis sur mon VTT, me permet de stationner partout ou presque. Nous acclamons les premiers coureurs du marathon – la course propose aux concurrents de ne faire que la première boucle de 42, 195 kilomètres – mais aussi du parcours complet. Si certains semblent être partis beaucoup trop vite je croise un Pascal, du team UR, son traditionnel sourire aux lèvres, incroyablement frais. Le peloton se densifie et Régis, saharienne au vent, ne tarde pas à se manifester. Petite déception, Patou n’est plus avec lui. Je laisse David et entreprend ce nouveau rôle d’accompagnateur vélo.

Km 7 : Formation du duo !!!

Km 7 : Formation du duo !!!

Samedi 27 septembre  - 10h50

Le peloton est dense et j’ai du mal à approcher Régis sans perturber les autres coureurs. Il est bien, son allure est régulière et économe. L’ambiance, autour de lui, est joviale et il se fond assez naturellement dans cette masse de coureurs et coureuses – incroyablement nombreuses – aux allures de défilé festif. A cet instant de la course, il n’a pas besoin de moi mais je le rassure tout de même sur sa foulée et son rythme. On prend peu à peu nos marques et les premiers ravitaillements en course se déroulent sans accroc.

Millau est une fête (ce concurrent fera les 100 km ainsi déguisé)

Millau est une fête (ce concurrent fera les 100 km ainsi déguisé)

Samedi 27 septembre  - 12h45

Le pointage du 25ème kilomètre, passé en 2h44, annonce Régis en 826ème position. Tout va pour le mieux. Nous ne nous sommes pas perdus sur les différents ravitaillements et les personnes qui nous entourent depuis de nombreux kilomètres maintenant prouvent, s’il le fallait, la régularité de notre champion. La première bosse, avalée au petit trot s’il vous plait, n’a été qu’une formalité et aucun signe de fatigue ne s’est montré jusque-là. Mon expérience me laisse à penser que le premier coup de moins bien n’est pas bien loin. Je tente alors de le rassurer sur son rythme afin qu’il ait emmagasiné le maximum  de confiance quand la dure loi de l’endurance s’abattra irrémédiablement sur lui.

La bosse du kilomètre trente tarde à venir et les premiers signes de lassitude montrent le bout de leur nez. Séverin et Cindy arrivent alors à point nommé pour lui changer les idées. Au détour du ravitaillement de Paulhe, je reste en retrait avec Séverin afin de laisser Régis avec sa chérie. Le réconfort se prend là où il est.

Les kilomètres pèsent dans les jambes, pas sur le sourire

Les kilomètres pèsent dans les jambes, pas sur le sourire

Samedi 27 septembre  - 14h45

Les derniers kilomètres nous menant à Millau sont pénibles. Régis s’accroche mais les douleurs et la fatigue montent crescendo depuis plusieurs kilomètres. Il ne veut pas marcher avant le marathon, je ne le contredis pas, si je suis là c’est pour l’aider pas pour remettre en question sa stratégie de course. Pour la première fois je sens que mes mots pèsent et que mon rôle prend de plus en plus sa petite place dans cette grande aventure.

Si Patou a raisonnablement décidé de s’arrêter au marathon, Régis déterminé comme jamais, ne semble nullement songer à mettre le clignotant. Il ne s’arrête pas, ou presque, au ravitaillement du 42ème alors que je profite de ce passage pour me détendre et passer un petit coup de fil à ma chérie.

Patou & David...

Patou & David...

Samedi 27 septembre  - 15h

La chaleur est étouffante dans la première ascension du célèbre viaduc. Après le ravitaillement, j’ai retrouvé un Régis en légère détresse. J’ai tenté de le rassurer mais dans cette côte, courte mais raide, la réalité nous rappelle que cette épreuve est loin d’être terminée. Personne ne court, personne ne parle, chacun tentant de lutter avec ses armes contre la pente et la chaleur accablante. Certains rebroussent déjà chemin mais Régis reste dans sa course, ne se plaint pas. Je lui tends régulièrement le bidon, insiste sur la nécessité de se ravitailler… Là s’arrête mon appui dans cette ligne droite, où le soleil me brûle les bras, qui semble à tous interminable.

A sommet Régis reprend la course pour prendre un bon rythme qui lui fait doubler bon nombre de concurrents. Au ravitaillement de Saint-Georges, Cindy et Séverin nous rejoignent alors que David en fera de même quelques kilomètres plus tard.

Grosse chaleur au passage du Viaduc !!!

Grosse chaleur au passage du Viaduc !!!

Samedi 27 septembre  - 17h

La route nous menant à Saint-Affrique est difficile. Au-delà de côte de Tiergues, ascension majeure du parcours à gravir deux fois, le faux-plat  nous menant à Saint-Rome-de-Cernon est aussi éprouvant qu’interminable. Régis alterne marche et course de façon plutôt efficace. Les coureurs restent peu nombreux à nous doubler alors que les premiers sont déjà sur le retour. Les encouragements réciproques démontrent un esprit, une solidarité plus proche du trail que de la route : tout le monde est dans la même galère et les visages sont marqués de chaque côté de la chaussée. J’attends en vain le moment de croiser Pascal. Comme pour Patou et bon nombre de coureurs, sa course se sera arrêtée au marathon.

A Saint-Rome, toujours pas de pause pour Régis qui se lance d’un bon pas dans l’ascension. Le peloton se densifie dans ces trois kilomètres éprouvants. La chaleur ne nous ralentit plus mais la fatigue se fait de plus en plus pesante dans une première partie aux forts pourcentages. Ci et là des concurrents sympathiques apportent leur dose de réconfort. Des Rémoises nous qualifieront de « Princes Charmants Grenoblois », qualificatif qui éveillera une pointe de jalousie chez Cindy et de l’incompréhension chez David. La fin de la côte est moins pentue rendant la progression moins difficile et dès la bascule Régis reprend un rythme tournant autour des 10 km/h.

Une seconde partie de course très exigeante !!!

Une seconde partie de course très exigeante !!!

Samedi 27 septembre  - 19h

L’interminable descente menant à Saint-Affrique laisse présager une ascension qui met une fois de plus le mental à rude épreuve. Régis ne s’est quasi pas arrêté mais David, qui m’accompagne finalement sur l’ensemble de la seconde partie du parcours, profite, comme moi, du seul ravitaillement « potable » pour les accompagnateurs. Un petit effort et nous voilà revenu sur Régis. Les pourcentages les plus forts sont derrière nous et je suis persuadé qu’il pourrait recourir un peu. Mais, au passage des 75 km, je préfère le laisser gérer sa course. Au sommet, l’heure est à la frontale. Cindy et Séverin –  que  nous avons rejoint sur le haut de la côte de Tiergues – concluent la haie d’honneur qui mènera Régis à Millau. A cet endroit de la course, malgré les douleurs, la fatigue et les difficultés à se motiver, rien de l’empêchera d’être finisher.

Un Régis très entouré !!

Un Régis très entouré !!

Samedi 27 septembre  - 21h30

Après avoir littéralement déposé les meneurs d’allure des 13h peu avant Saint-Georges, l’ultime ascension du jour ressemble à un long chemin de croix pour notre champion. Je tente de le motiver, en mettant en avant la performance qu’il est en train d’accomplir mais mes paroles ont bien du mal à percuter dans sa tête vidée de toute réflexion. Si moi aussi je fatigue, je ne peux me plaindre mais, dans l’idée de rentrer plus vite, je tente de le motiver à recourir avant même le sommet. Il râle mais s’exécute… Il s’accroche, sert les dents, ses plaintes ne trouvent que peu d’écho dans le quatuor manquant cruellement d’arguments… C’est un peu sadique mais j’aime le voir dans cet état, à la limite de la rupture mais repoussant sans cesse le seuil critique : la marque de l’ultra, la marque des guerriers !

Après la chaleur du jour, place à la fraîcheur de la nuit...

Après la chaleur du jour, place à la fraîcheur de la nuit...

Samedi 27 septembre  - La dernière heure !!!!

L’ultime descente se fait de nouveau à un bon rythme. Un coup de cul avant de rentrer dans Millau et le 95ème kilomètre se dresse face à nous. Une nouvelle fois je joue les méchants de service et l’incite à courir. Il n’en peut plus, je tente de le sortir de sa douleur en lui parlant encore et toujours… 96ème, nous voilà dans Millau. Une photo et on repart au petit trot. 97ème… Ca va remonter maintenant, je tente de le motiver, je sais que le faux-plat peut se passer en courant. Je le pousse toujours plus loin, il continue… quelle volonté… Une vingtaine de mètres de marche et il repart !!! Il entre dans la cour des grands…

Je le laisse savourer ses ultimes kilomètres, il mérite cet honneur !! Son entrée dans le palais des sports me tire quelques larmes. Une photo souvenir devant ce 13h02… et le moment des embrassades est venu…

No Comment

No Comment

Mon Ami est devenu un « centbornard » et grâce à lui j’ai pu le vivre au plus près de l’action. Je voulais lui rendre ce qu’il m’apporte depuis 2011 sur ultra mais au final c’est encore lui qui m’a donné... Merci mon ami pour cette leçon particulière de 13h !!! Tu as un grand cœur mais aussi un immense courage ! Que ce succès t’apporte confiance en toi et en tes capacités pour aller au bout de tous les défis que tu pourras te lancer… et je ne parle pas que de sport !

Heureux !!!

Heureux !!!

Un petit mot sur mon Patou… Quelle joie de te voir terminer le marathon mon Ami ! Cet arrêt n’est en rien un échec, c’est même un énorme succès. Parvenir à boucler ces 42,195 kilomètres, sans entrainement ou presque, sur une jambe et avec un déficit d’énergie criant est un exploit digne de tes plus belles perf. Alors respect Mr Gourguechon !

Partager cet article
Repost0

commentaires

C'est Quoi Ce Blog ???

  • : Trail & Montagne.... Par Greg
  • : La course nature, le Trail et la course de montagne vu de ma fenêtre....
  • Contact

Billet du jour...

UTMB

En mode reprise.... Objectif UTMB !!!

 

                               Piste GlobeRunners Quadri

Recherche